Correcteur d'orthographe

L'accord du participe passé : toutes les règles, expliquées simplement

L'accord du participe passé dépend de trois questions : y a-t-il un auxiliaire ? Lequel ? Où se trouve le complément d'objet direct ? Sans auxiliaire, il s'accorde comme un adjectif ; avec être, avec le sujet ; avec avoir, avec le COD seulement s'il est placé avant le verbe.

Sommaire
  1. Qu'est-ce qu'un participe passé ?
  2. 1. Le participe passé employé sans auxiliaire
  3. 2. Avec l'auxiliaire être : accord avec le sujet
  4. 3. Avec l'auxiliaire avoir : le COD placé avant
  5. 4. Les verbes pronominaux : tous les cas
  6. 5. Le participe passé suivi d'un infinitif
  7. 6. Le participe passé avec en
  8. 7. Les verbes impersonnels : invariables
  9. 8. Coûter, valoir, peser, mesurer, courir, vivre
  10. 9. Collectifs et « le peu de »
  11. Ce que changent les rectifications de 1990
  12. La méthode en quatre questions
  13. L'astuce pour entendre l'accord : prendre ou mettre
  14. Les erreurs les plus fréquentes
  15. Exercices corrigés
  16. Pour aller plus loin
  17. Questions fréquentes

Ces trois règles couvrent l'immense majorité des phrases. Les verbes pronominaux et quelques cas particuliers (en, fait + infinitif, verbes intransitifs et impersonnels, attribut du COD, coûter ou valoir, le peu de) demandent un peu plus d'attention : ils sont détaillés plus bas, avec des exemples, une astuce pour entendre l'accord et deux séries d'exercices corrigés.

SituationLe participe s'accorde avec…Exemple
Sans auxiliairele nom ou le pronom auquel il se rapportedes fleurs coupées
Avec êtrele sujetelles sont parties
Avec avoir, COD placé avantle CODles fleurs que j'ai coupées
Avec avoir, COD après ou absentrien : invariablej'ai coupé des fleurs ; elles ont ri
Verbe pronominal, se CODle sujetelle s'est coiffée
Verbe pronominal, COD placé aprèsrien : invariableelle s'est coiffé les cheveux
Verbe pronominal, se COIrien : invariableelles se sont parlé

Qu'est-ce qu'un participe passé ?

Le participe passé est la forme du verbe qui sert à construire les temps composés (j'ai mangé, elle était venue) et la voix passive (la loi a été votée). Il peut aussi s'employer seul, comme un adjectif : une porte fermée.

Sa terminaison dépend du groupe du verbe :

VerbeTerminaisonExemples
1er groupe (-er)-échanter → chanté, aimer → aimé
2e groupe (-ir, -issant)-ifinir → fini, choisir → choisi
3e groupe-i, -upartir → parti, voir → vu, venir → venu
-isprendre → pris, mettre → mis, asseoir → assis
-itécrire → écrit, dire → dit, conduire → conduit
-aitfaire → fait
-ertouvrir → ouvert, offrir → offert, couvrir → couvert
-intpeindre → peint, craindre → craint, joindre → joint

Pour trouver la consonne finale muette, mettez le participe au féminin : prise → pris, écrite → écrit, faite → fait. C'est ce test qui évite d'écrire j'ai fais : voyez la fiche j'ai fait ou j'ai fais. Les temps composés eux-mêmes sont présentés dans le guide de conjugaison.

1. Le participe passé employé sans auxiliaire

Employé seul, le participe passé se comporte comme un adjectif : il s'accorde en genre et en nombre avec le nom ou le pronom auquel il se rapporte.

  • Une lettre signée.
  • Des devoirs terminés.
  • Arrivées en retard, elles ont manqué le début du film.
  • Les fenêtres fermées, la maison restait fraîche.

Quelques participes placés devant le nom jouent le rôle d'une préposition et restent invariables : vu, excepté, y compris, ci-joint en tête de phrase. Vu les circonstances, la réunion est reportée. Tous sont venus, excepté les enfants. Ci-joint les factures. Placés après le nom, ils redeviennent des adjectifs et s'accordent : les enfants exceptés, les factures ci-jointes.

Même fonctionnement pour passé et étant donné placés devant le nom : Passé dix heures, les portes sont fermées. Étant donné les délais, nous commençons demain. Pour étant donné, l'accord est également admis (étant données les circonstances). Après le nom, l'accord redevient obligatoire : dix heures passées.

2. Avec l'auxiliaire être : accord avec le sujet

Avec être, le participe passé s'accorde en genre et en nombre avec le sujet du verbe. C'est la règle la plus simple : cherchez qui fait l'action (qui est parti ? qui est venu ?), puis accordez.

SujetPartir au passé composé
je (homme / femme)je suis parti / je suis partie
tu (homme / femme)tu es parti / tu es partie
il / elleil est parti / elle est partie
nousnous sommes partis / nous sommes parties
vousvous êtes partis / vous êtes parties
ils / ellesils sont partis / elles sont parties

Un groupe mixte prend le masculin pluriel : Paul et Julie sont arrivés.

Quels verbes se conjuguent avec être ?

Une quinzaine de verbes qui expriment un déplacement ou un changement d'état : aller, venir, arriver, partir, entrer, sortir, monter, descendre, naître, mourir, rester, tomber, retourner, passer, et leurs dérivés (devenir, revenir, rentrer, repartir, parvenir…). S'y ajoutent tous les verbes pronominaux et la voix passive.

Attention : monter, descendre, sortir, rentrer, retourner et passer prennent avoir quand ils ont un COD, et la règle d'accord change alors : elle est montée au grenier, mais elle a monté les valises ; les valises qu'elle a montées.

La voix passive

À la voix passive, le participe s'accorde aussi avec le sujet : la décision a été prise, les candidats seront reçus demain. Le participe été, lui, ne varie jamais.

On, vous de politesse, nous de modestie

  • On : l'accord suit le sens. On est arrivées ensemble (un groupe de femmes), on est partis tôt (on = nous). Quand on est vraiment indéfini, masculin singulier : on est vite fatigué par la chaleur.
  • Vous de politesse : accord au singulier, selon le genre de la personne. Madame, vous êtes invitée.
  • Nous de modestie (un auteur seul) : singulier. Nous sommes convaincu que…

3. Avec l'auxiliaire avoir : le COD placé avant

Avec avoir, le participe passé ne s'accorde jamais avec le sujet. Il s'accorde avec le complément d'objet direct (COD), la réponse à « qui ? » ou « quoi ? » posée après le verbe, seulement si ce COD est placé avant le verbe.

  • J'ai mangé les pommes. COD après : invariable.
  • Les pommes que j'ai mangées. Que reprend les pommes, placé avant : accord.
  • Ces pommes, je les ai mangées. Les = les pommes : accord.
  • Quelles pommes as-tu mangées ? COD en tête de question : accord.
  • Combien de pages as-tu lues ? Même logique.
  • Elles ont dormi. Pas de COD : invariable.

Le COD placé avant prend donc trois formes : le pronom relatif que, un pronom personnel (me, te, le, la, l', nous, vous, les) ou un groupe nominal en tête de phrase interrogative ou exclamative. Si la notion de COD vous échappe, la page de grammaire présente toutes les fonctions.

Pourquoi cette règle ? Quand le COD est placé avant, on sait déjà, au moment d'écrire le participe, ce qui a été mangé ; quand il vient après, on ne le connaît pas encore.

Me, te, nous, vous : accordez selon la personne désignée

Les pronoms me, te, nous, vous ne portent pas de marque de genre : c'est la personne qu'ils désignent qui commande l'accord. Il nous a invités (un groupe mixte ou masculin), il nous a invitées (des femmes uniquement). Julie, je t'ai attendue une heure. Madame, nous vous avons reçue avec plaisir (vous de politesse : singulier).

Les verbes intransitifs : toujours invariables

Un verbe intransitif ne peut pas avoir de COD : dormir, rire, marcher, régner, durer, sourire, nuire, plaire, succéder… Son participe reste donc invariable avec avoir, même quand un complément est placé avant lui. Les trois heures qu'il a dormi. Les dix ans que Louis a régné. Les semaines que la grève a duré. Ces compléments indiquent une durée, pas un objet : on ne « dort » pas des heures comme on mange des pommes. Les verbes qui hésitent entre les deux emplois (coûter, valoir, courir, vivre) sont traités au point 8.

Le COD suivi d'un attribut

Avec des verbes comme trouver, juger, croire, rendre, nommer, estimer, le COD est souvent suivi d'un adjectif ou d'un nom qui le qualifie (l'attribut du COD). Le participe s'accorde alors avec le COD placé avant, comme d'habitude :

  • Ces tartes, je les ai trouvées délicieuses.
  • Ses collègues l'ont jugée compétente.
  • La chaleur les a rendus malades.
  • On les avait crus perdus.

L'attribut lui-même s'accorde aussi avec le COD (délicieuses, compétente) : les deux mots suivent le même nom.

Eu et été

Eu (participe d'avoir) suit la règle générale : les ennuis qu'il a eus, la chance que nous avons eue. Été (participe d'être) n'a jamais de COD et ne varie jamais : elles ont été ravies.

Le COI placé avant ne commande pas l'accord

Un complément introduit par à ou de n'est pas un COD : les personnes à qui j'ai parlé, ils nous ont téléphoné (téléphoner à quelqu'un), elle leur a souri.

Le pronom l' neutre

Quand l' ne représente pas un nom mais toute une idée (on peut le remplacer par cela), le participe reste invariable : la réunion a été plus longue que je ne l'avais prévu (j'avais prévu cela, qu'elle serait longue). Comparez : cette réunion, je l'avais prévue (l' = la réunion).

Ce l' neutre apparaît surtout dans les comparaisons, avec des participes comme cru, pensé, dit, prévu, espéré, imaginé : elle est plus douée que je ne l'aurais cru, la situation est plus grave qu'on ne l'avait dit, l'épreuve a été moins difficile que nous ne l'avions imaginé. Dans chaque cas, l' vaut « cela » et le participe reste au masculin singulier.

4. Les verbes pronominaux : tous les cas

Les verbes pronominaux (se laver, se parler, s'enfuir…) se conjuguent avec être, mais leur accord suit la logique du COD. Pour trancher, remplacez mentalement être par avoir et cherchez le COD.

Les verbes essentiellement pronominaux : accord avec le sujet

Ces verbes n'existent qu'à la forme pronominale (on ne dit pas « évanouir quelqu'un ») : s'évanouir, se souvenir, s'enfuir, s'absenter, se méfier, s'emparer, se moquer, s'écrier. Le participe s'accorde avec le sujet : elle s'est évanouie, ils se sont enfuis, elles se sont souvenues de tout.

Seule exception : s'arroger, qui a un vrai COD. Ils se sont arrogé des droits, mais les droits qu'ils se sont arrogés.

Les pronominaux de sens figuré : accord avec le sujet

Certains verbes existent sans se, mais changent de sens à la forme pronominale : apercevoir (voir) et s'apercevoir de (se rendre compte), douter et se douter de, attendre et s'attendre à, jouer et se jouer de. Le pronom ne peut plus s'analyser comme un complément : le participe s'accorde avec le sujet. Elle s'est aperçue de son erreur. Ils se sont doutés de quelque chose. Elles se sont attendues au pire.

Le pronom se est COD : accord avec le sujet

Elle a coiffé qui ? Elle-même. Le pronom se est COD, placé avant : accord. Elle s'est coiffée. Ils se sont battus. Elles se sont regardées dans le miroir. Nous nous sommes levés tôt.

Le COD est placé après : invariable

Quand un autre COD suit le verbe, se devient un simple complément indirect et le participe ne s'accorde pas. C'est le cas de la phrase tant recherchée : elles se sont lavé les mains (elles ont lavé quoi ? les mains, placé après). Et non « elles se sont lavées les mains ».

  • Elle s'est coupé le doigt.
  • Ils se sont offert un voyage.
  • Elles se sont posé des questions.
  • Elle s'est rendu compte de son erreur. (compte est le COD : invariable.)

Si ce COD passe avant le verbe, on accorde avec lui : les mains qu'elle s'est lavées, le voyage qu'ils se sont offert, les questions qu'elles se sont posées.

Le pronom se est COI : invariable

Avec les verbes qui se construisent avec à (parler à, sourire à, téléphoner à), se est complément indirect : le participe reste invariable.

  • Elles se sont parlé. (parler à quelqu'un)
  • Ils se sont téléphoné hier.
  • Elles se sont souri.
  • Les ministres se sont succédé. (succéder à)
  • Ils se sont nui. Elles se sont ressemblé. Ils se sont menti.
  • Elle s'est plu à Lyon. Ils se sont déplu. Elles se sont ri de nos craintes. (se plaire, se déplaire, se complaire et se rire restent invariables.)

Le sens passif : accord avec le sujet

Quand la forme pronominale a un sens passif, le participe s'accorde avec le sujet : ces maisons se sont vendues en un mois (elles ont été vendues).

Tableau des verbes pronominaux par catégorie

CatégorieComment la reconnaîtreAccordExemple
Essentiellement pronominalle verbe n'existe pas sans sesujetelles se sont enfuies
Pronominal de sens figuréle sens change sans sesujetelle s'est aperçue de l'oubli
Sens passifon peut dire « a été + participe »sujetces robes se sont vendues vite
Se COD (réfléchi ou réciproque)« a lavé qui ? » : soi-même, l'un l'autresujet (via se)ils se sont salués
Se COIverbe construit avec àinvariableils se sont écrit
COD placé aprèsun nom répond à « quoi ? » après le verbeinvariableelle s'est brûlé la main
COD placé avantque ou les reprend le CODCODla main qu'elle s'est brûlée
Se plaire, se déplaire, se complaire, se rireà connaître par cœurinvariableelles se sont plu ici

Attention à s'écrire : ils se sont écrit (écrire à quelqu'un, se COI), mais les lettres qu'ils se sont écrites (COD que placé avant).

5. Le participe passé suivi d'un infinitif

Quand le participe passé est suivi d'un infinitif, demandez-vous qui fait l'action de l'infinitif. Si le COD placé avant fait cette action, on accorde ; sinon, le participe reste invariable.

  • Les musiciens que j'ai entendus jouer. Les musiciens jouent : accord.
  • Les airs que j'ai entendu jouer. Les airs ne jouent pas, ils sont joués : invariable.
  • La femme que j'ai vue peindre. Elle peint : accord.
  • La toile que j'ai vu peindre. La toile est peinte : invariable.
  • Elle s'est vue tomber. C'est elle qui tombe : accord.
  • Elle s'est vu refuser l'entrée. Ce n'est pas elle qui refuse : invariable.

Astuce : remplacez l'infinitif par « en train de ». Les musiciens que j'ai entendus en train de jouer a un sens : accord. Les airs que j'ai entendus en train de jouer n'en a pas : invariable.

Fait + infinitif : toujours invariable

Fait suivi d'un infinitif ne s'accorde jamais, quel que soit l'auxiliaire : elle s'est fait couper les cheveux, je les ai fait venir, la maison qu'ils ont fait construire. Sans infinitif, fait suit la règle normale : la tarte qu'elle a faite.

Laissé + infinitif : la rectification de 1990

Les rectifications orthographiques de 1990 alignent laissé sur fait : suivi d'un infinitif, il peut rester invariable. Je les ai laissé partir. Elle s'est laissé tomber.

L'ancienne règle reste correcte : elle applique le critère « qui fait l'action ». Je les ai laissés partir (ils partent), elle s'est laissée tomber (elle tombe), mais elle s'est laissé convaincre (elle ne convainc pas).

Participe suivi de à ou de + infinitif

Quand une préposition sépare le participe de l'infinitif, cherchez de quel verbe le COD placé avant est le complément. S'il complète l'infinitif, le participe reste invariable ; s'il complète le participe, on accorde.

  • Les romans que j'ai commencé à lire. On lit les romans : que est COD de lire, invariable.
  • Les exercices que nous avons eu à faire. On fait les exercices : invariable.
  • Les amis que j'ai invités à dîner. On invite les amis : accord.
  • Les visiteurs que j'ai priés d'attendre. On prie les visiteurs : accord.

Infinitif sous-entendu : dû, pu, voulu, cru, su

Quand un infinitif est sous-entendu après le participe, celui-ci reste invariable : il a fait tous les efforts qu'il a pu (qu'il a pu faire), elle a lu tous les livres qu'elle a voulu (qu'elle a voulu lire), il a payé toutes les factures qu'il a dû (qu'il a dû payer).

Ne confondez pas avec l'emploi où ces verbes ont un vrai COD : la robe qu'elle a voulue (elle voulait la robe), les sommes qu'il a dues à la banque (il devait ces sommes). Pour trancher, essayez d'ajouter l'infinitif : s'il se glisse naturellement après le participe, n'accordez pas. Pu, lui, est toujours invariable.

Notez l'accent de dû : il ne figure qu'au masculin singulier, pour distinguer le participe de l'article du. On écrit dû, mais due, dus, dues.

6. Le participe passé avec en

Le pronom en ne commande pas l'accord : le participe reste invariable. Des fraises ? J'en ai cueilli. Des erreurs, il en a commis beaucoup.

S'il y a dans la phrase un autre COD placé avant, on accorde avec ce COD : les nouvelles que j'en ai reçues (que = les nouvelles ; en = de lui, d'elle).

7. Les verbes impersonnels : invariables

Les verbes employés à la forme impersonnelle (avec un il qui ne représente rien) n'ont pas de COD : leur participe ne varie jamais.

  • Les chaleurs qu'il a fait cet été.
  • Les efforts qu'il a fallu.
  • Les inondations qu'il y a eu.

8. Coûter, valoir, peser, mesurer, courir, vivre

Ces verbes ont deux emplois. Au sens propre, suivis d'une durée, d'un prix, d'un poids ou d'une distance, ils n'ont pas de COD : le participe est invariable. Au sens figuré ou quand ils ont un vrai COD, l'accord se fait.

VerbeMesure : invariableVrai COD : accord
coûterles 20 euros que ce livre m'a coûtéles efforts que ce travail m'a coûtés
valoirla somme que ce tableau a valules éloges que ce roman lui a valus
peserles 80 kilos qu'il a peséles colis qu'il a pesés
mesurerles deux mètres que ce mur a mesuréles pièces que l'architecte a mesurées
courirles dix kilomètres qu'elle a courules dangers qu'elle a courus
vivreles dix ans qu'il a vécu à Parisles épreuves qu'il a vécues

9. Collectifs et « le peu de »

Quand le COD placé avant est un nom collectif suivi d'un complément (une foule de, un groupe de), l'accord se fait avec le mot qui porte le sens principal : la nuée d'oiseaux que j'ai aperçue (on voit la nuée comme un tout), le groupe d'amis que j'ai invités (on invite les amis).

Avec le peu de, tout dépend du sens. S'il signifie « le manque de », le participe s'accorde avec le peu, au masculin singulier : le peu d'attention que vous m'avez accordé m'a découragé. S'il signifie « une petite quantité, mais suffisante », il s'accorde avec le complément : le peu d'attention que vous m'avez accordée m'a encouragé.

Avec un adverbe de quantité placé en tête (combien de, que de), l'accord se fait avec le nom qui suit : combien de fautes a-t-il faites ?, que de lettres il a reçues ! C'est ce nom, et non l'adverbe, qui est le véritable COD.

Ce que changent les rectifications de 1990

Les rectifications orthographiques de 1990 touchent très peu l'accord du participe passé. Deux points seulement :

  • Laissé + infinitif peut rester invariable, comme fait (voir le point 5) : elle s'est laissé tomber.
  • Absous et dissous deviennent absout et dissout, avec un t, pour s'aligner sur leur féminin absoute, dissoute : le sucre est dissout. Les deux graphies sont admises.

Toutes les autres règles de cette page restent valables en orthographe rectifiée. L'accent circonflexe de dû est lui aussi conservé, car il évite la confusion avec du.

La méthode en quatre questions

  1. Y a-t-il un auxiliaire ?Non : accordez avec le nom, comme un adjectif.
  2. Est-ce être ?Accordez avec le sujet (sauf verbe pronominal : passez à l'étape 4).
  3. Est-ce avoir ?Cherchez le COD. S'il est placé avant, accordez avec lui ; sinon, invariable.
  4. Verbe pronominal ?Remplacez être par avoir et appliquez la règle du COD ; accord avec le sujet si le verbe n'existe qu'à la forme pronominale.

L'astuce pour entendre l'accord : prendre ou mettre

La plupart des participes (mangé, fini, vu) sonnent pareil au masculin et au féminin. Remplacez-les par un participe qui s'entend : pris / prise, mis / mise, fait / faite, écrit / écrite.

  • « La décision que nous avons (adopté ?) » → « que nous avons prise » : on entend l'accord, donc adoptée.
  • « Nous avons (adopté ?) la décision » → « nous avons pris la décision » : pas d'accord, donc adopté.
  • « Les clés que j'ai (rangé ?) » → « que j'ai mises » : donc rangées.

Avec avoir, posez la question « quoi ? » juste après le participe. Si la réponse est déjà écrite avant le verbe, accordez ; si elle vient après, n'accordez pas.

Les erreurs les plus fréquentes

FautifCorrectPourquoi
elles se sont lavées les mainselles se sont lavé les mainsCOD les mains placé après
la lettre que j'ai écritla lettre que j'ai écriteCOD que (la lettre) placé avant
ils ont parlésils ont parléavec avoir, jamais d'accord avec le sujet
elle s'est rendue compteelle s'est rendu comptecompte est le COD, placé après
ils se sont succédésils se sont succédésuccéder à : se est COI
je les ai faits venirje les ai fait venirfait + infinitif : invariable
les efforts qu'il a fallusles efforts qu'il a falluverbe impersonnel
j'ai mangerj'ai mangéaprès avoir, participe et non infinitif

La dernière erreur se repère en remplaçant par un verbe du 3e groupe : « j'ai vendu » (participe) et non « j'ai vendre ». Si vendu convient, écrivez -é.

Exercices corrigés

Choisissez la bonne forme, puis vérifiez avec le corrigé. La première série porte sur les règles de base, la seconde sur les cas particuliers.

Série 1 : les règles de base

  1. Les photos que tu m'as (envoyé / envoyées) sont superbes.
  2. Ma sœur est (arrivé / arrivée) hier soir.
  3. Nous avons (visité / visités) trois musées.
  4. Elles se sont (maquillé / maquillées) les yeux.
  5. Elles se sont (maquillé / maquillées) avant de sortir.
  6. Les enfants se sont (téléphoné / téléphonés).
  7. Ces chansons, je les ai (entendu / entendues) chanter souvent.
  8. Des gâteaux ? J'en ai (préparé / préparés) deux.
  9. La chaleur qu'il a (fait / faite) nous a épuisés.
  10. La voiture qu'il a (fait / faite) réparer roule bien.
N°RéponseExplication
1envoyéesavoir, COD que (les photos) placé avant
2arrivéeêtre : accord avec le sujet ma sœur
3visitéCOD trois musées placé après
4maquilléCOD les yeux placé après
5maquilléesse est COD : accord avec le sujet
6téléphonétéléphoner à : se est COI
7entendules chansons ne chantent pas, elles sont chantées
8préparépas d'accord avec en
9faitverbe impersonnel
10faitfait + infinitif : invariable

Série 2 : les cas particuliers

  1. Les trois heures qu'il a (dormi / dormies) l'ont reposé.
  2. Elle s'est (aperçu / aperçue) de son oubli trop tard.
  3. Ces deux candidats, le jury les a (jugé / jugés) excellents.
  4. Les romans que j'ai (commencé / commencés) à lire sont sur ma table.
  5. Elle a invité toutes les personnes qu'elle a (voulu / voulues).
  6. Les sommes qu'il a (dû / dues) à la banque sont remboursées.
  7. Mes cousines se sont (plu / plues) à Rome.
  8. Madame, nous vous avons (attendu / attendue) longtemps.
  9. Le peu de patience qu'il a (montré / montrée) a tout gâché.
  10. La fête a été plus réussie que nous ne l'avions (espéré / espérée).
N°RéponseExplication
1dormidormir est intransitif : trois heures est une durée, pas un COD
2aperçuepronominal de sens figuré (s'apercevoir de) : accord avec le sujet
3jugésCOD les placé avant, suivi de l'attribut excellents
4commencéque est COD de lire, pas de commencer
5vouluinfinitif sous-entendu : qu'elle a voulu inviter
6duesdevoir a un vrai COD, que (les sommes), placé avant ; pas d'accent au féminin pluriel
7pluse plaire reste invariable
8attenduevous de politesse désigne une femme : féminin singulier
9montréle peu signifie ici « le manque » : accord avec le peu, masculin singulier
10espérél' neutre (nous avions espéré cela) : invariable

Pour aller plus loin

L'accord du participe passé n'est qu'une des règles d'accord du français : le guide des accords en français couvre aussi le verbe, l'adjectif, les couleurs, le pluriel et le féminin. Le mot tout, souvent placé à côté d'un participe (je les ai tous lus, elle est tout étonnée), a ses propres règles : voyez tout ou tous.

Pour relire un texte entier, collez-le dans le correcteur d'orthographe : il repère les fautes de frappe et d'orthographe d'usage. Pour les accords du participe, la méthode des quatre questions et l'astuce prendre / mettre restent la vérification la plus sûre.

Questions fréquentes

Faut-il écrire « elles se sont lavé les mains » ou « lavées » ?

On écrit « elles se sont lavé les mains ». Le complément d'objet direct est les mains (elles ont lavé quoi ? les mains) et il est placé après le verbe : le participe reste invariable. Le pronom se n'est ici qu'un complément indirect (elles ont lavé les mains à elles-mêmes). En revanche : « elles se sont lavées », sans complément, car se est alors le COD.

Écrit-on « je suis parti » ou « je suis partie » ?

Les deux sont corrects : avec l'auxiliaire être, le participe s'accorde avec le sujet. Un homme écrit « je suis parti », une femme « je suis partie ». De même : « il est parti », « elle est partie », « ils sont partis », « elles sont parties ».

Avec avoir, le participe passé s'accorde-t-il avec le sujet ?

Jamais. Avec avoir, il s'accorde seulement avec le complément d'objet direct quand celui-ci est placé avant le verbe : « les lettres que j'ai écrites », mais « elles ont écrit des lettres ».

Comment entendre l'accord du participe passé ?

Remplacez le verbe par prendre ou mettre, dont le participe s'entend au féminin (pris / prise, mis / mise). « La robe que j'ai (achetée ?) » devient « la robe que j'ai prise » : on entend l'accord, donc achetée.

« Elle s'est fait couper les cheveux » : faut-il accorder ?

Non. Fait suivi d'un infinitif est toujours invariable : « elle s'est fait couper les cheveux », « je les ai fait venir ». Depuis les rectifications de 1990, laissé suivi d'un infinitif peut lui aussi rester invariable.

Faut-il accorder le participe passé avec « en » ?

Non, en règle générale : « des pommes, j'en ai mangé ». Le pronom en n'est pas un COD qui commande l'accord. S'il y a un autre COD placé avant, on accorde avec lui : « les nouvelles que j'en ai reçues ».

Pourquoi écrit-on « les trois heures qu'il a dormi » sans accord ?

Parce que dormir est un verbe intransitif : il n'a jamais de complément d'objet direct. Trois heures indique une durée, pas ce qui a été dormi. Le participe reste donc invariable, comme dans « les dix ans qu'il a régné » ou « les semaines que la grève a duré ».

Mis à jour le 29 septembre 2026