Le féminin des noms et des adjectifs : règles et cas particuliers
Le féminin des noms et des adjectifs se forme le plus souvent en ajoutant un e au masculin : un ami, une amie ; grand, grande. Mais de nombreuses terminaisons ont leur propre règle : -er devient -ère, -f devient -ve, -eux devient -euse, -teur devient souvent -trice. Voici toutes ces règles, leurs exceptions et le cas des noms de métiers.
Sommaire
- La règle générale : ajouter un e
- Les terminaisons qui changent au féminin
- Les noms et adjectifs en -eur
- Les noms dont le féminin change de forme
- Le féminin des noms de métiers
- Masculin ou féminin ? Les noms qui piègent
- Les erreurs les plus fréquentes
- Le féminin entraîne d'autres accords
- Questions fréquentes
Le genre concerne deux types de mots. Les noms de personnes et d'animaux ont souvent une forme masculine et une forme féminine (un voisin, une voisine). Les adjectifs, eux, prennent le genre du nom qu'ils qualifient, ce qui est la base de l'accord de l'adjectif. Les noms de choses n'ont qu'un genre, fixé par l'usage : c'est la question « masculin ou féminin ? » traitée en fin de page.
La règle générale : ajouter un e
On ajoute un e à la forme du masculin :
- un ami, une amie ; un marchand, une marchande ; un cousin, une cousine ;
- petit, petite ; poli, polie ; aimé, aimée ; têtu, têtue ; brun, brune.
Ce e fait souvent entendre la consonne finale, muette au masculin : petit, petite ; gris, grise. C'est un bon moyen de retrouver la lettre muette d'un mot masculin.
Les mots déjà terminés par -e au masculin ne changent pas : ce sont des mots épicènes. Un élève, une élève ; un artiste, une artiste ; un camarade, une camarade ; un collègue, une collègue ; rapide, calme, jeune, facile. Seul le déterminant indique alors le genre. Enfant est aussi épicène : un enfant, une enfant.
Les terminaisons qui changent au féminin
| Masculin | Féminin | Exemples |
|---|---|---|
| -er, -ier | -ère, -ière | boulanger → boulangère, léger → légère, premier → première, fermier → fermière |
| -el, -eil | -elle, -eille | cruel → cruelle, naturel → naturelle, pareil → pareille |
| -en, -on | -enne, -onne | chien → chienne, ancien → ancienne, lion → lionne, bon → bonne |
| -et | -ette | muet → muette, cadet → cadette, coquet → coquette |
| -f | -ve | neuf → neuve, veuf → veuve, sportif → sportive, naïf → naïve, bref → brève |
| -x | -se | heureux → heureuse, époux → épouse, jaloux → jalouse |
| -eau | -elle | beau → belle, nouveau → nouvelle, jumeau → jumelle, chameau → chamelle |
| -c | -que ou -che | public → publique, turc → turque, grec → grecque ; blanc → blanche, franc → franche, sec → sèche |
| -g | -gue | long → longue, oblong → oblongue |
| -in, -ain, -an | -ine, -aine, -ane | voisin → voisine, américain → américaine, persan → persane (mais paysan → paysanne) |
Remarquez l'accent grave de légère, première, brève ou sèche : le e se prononce ouvert parce qu'il est suivi d'une syllabe muette. La règle est expliquée dans la page sur les accents aigu, grave et circonflexe.
Les adjectifs en -et : neuf exceptions en -ète
Les mots en -et doublent le t (muette), sauf neuf adjectifs qui font -ète avec un accent grave : complet, incomplet, concret, désuet, discret, indiscret, inquiet, replet, secret (complète, concrète, désuète, discrète, inquiète, replète, secrète…).
Les mots en -ot, -at, -s
- -ot : en général -ote (idiot, idiote ; dévot, dévote), mais quelques-uns doublent le t : sot, sotte ; vieillot, vieillotte ; pâlot, pâlotte ; boulot, boulotte.
- -at : -ate (candidat, candidate ; délicat, délicate), sauf chat, chatte.
- -s : en général -se (gris, grise ; français, française), mais -sse pour bas, basse ; gras, grasse ; gros, grosse ; épais, épaisse ; las, lasse ; métis, métisse ; exprès, expresse.
Les formes irrégulières
Quelques mots sont à connaître par cœur : doux, douce ; faux, fausse ; roux, rousse ; vieux, vieille ; fou, folle ; mou, molle ; frais, fraîche ; tiers, tierce ; favori, favorite ; coi, coite ; gentil, gentille ; nul, nulle ; bénin, bénigne ; malin, maligne.
Devant un nom masculin commençant par une voyelle ou un h muet, beau, nouveau, vieux, fou et mou prennent une forme spéciale : un bel arbre, un nouvel an, un vieil homme, un fol espoir, un mol oreiller.
Aigu, ambigu : le tréma et 1990
Les adjectifs en -gu prennent un tréma au féminin pour indiquer que le u se prononce : aigu, aiguë ; ambigu, ambiguë ; exigu, exiguë ; contigu, contiguë. Les rectifications de 1990 placent ce tréma sur la lettre qui se prononce : aigüe, ambigüe, exigüe, contigüe. Les deux graphies sont correctes. Elles écrivent aussi fraiche sans accent circonflexe.
Les noms et adjectifs en -eur
C'est la terminaison la plus variée. Quatre modèles coexistent :
| Féminin | Quand ? | Exemples |
|---|---|---|
| -euse | le mot se rattache à un verbe de même radical | chanteur → chanteuse (chanter), vendeur → vendeuse, menteur → menteuse, coiffeur → coiffeuse, danseur → danseuse |
| -trice | le plus souvent pour les mots en -teur sans verbe de même radical | acteur → actrice, directeur → directrice, instituteur → institutrice, agriculteur → agricultrice, créateur → créatrice |
| -eure | adjectifs d'origine comparative | meilleur, majeur, mineur, supérieur, inférieur, antérieur, postérieur, extérieur, intérieur, ultérieur → meilleure, majeure… |
| -eresse | quelques mots, souvent littéraires ou juridiques | enchanteur → enchanteresse, pécheur → pécheresse, vengeur → vengeresse, demandeur → demanderesse (en droit) |
Ces modèles ont des exceptions : inspecteur fait inspectrice alors que le verbe inspecter existe. Quelques formes sont isolées : ambassadeur, ambassadrice ; empereur, impératrice ; serviteur, servante. En cas de doute, le dictionnaire tranche.
Successeur, prédécesseur, précurseur
Ces trois noms n'ont pas de féminin en -euse ou en -trice. L'usage traditionnel garde la forme masculine pour désigner une femme : elle a été mon successeur, elle fut mon prédécesseur, cette chercheuse fut un précurseur. Les formes successeure, prédécesseure et précurseure, formées sur le modèle de professeure, se répandent mais ne figurent pas encore dans tous les dictionnaires. Les deux usages se rencontrent aujourd'hui ; dans un texte officiel, la tournure masculine reste la plus sûre.
Les noms dont le féminin change de forme
Le suffixe -esse
Certains noms en -e font leur féminin en -esse : maître, maîtresse ; prince, princesse ; comte, comtesse ; duc, duchesse ; hôte, hôtesse ; tigre, tigresse ; âne, ânesse ; ogre, ogresse ; abbé, abbesse. Pour poète, on dit une poétesse ou une poète.
Des mots différents
| Personnes | Animaux |
|---|---|
| homme / femme | coq / poule |
| père / mère | cheval / jument |
| frère / sœur | taureau / vache |
| oncle / tante | bélier / brebis |
| neveu / nièce | bouc / chèvre |
| parrain / marraine | cerf / biche |
| roi / reine | sanglier / laie |
| héros / héroïne | lièvre / hase |
| dieu / déesse | jars / oie |
| compagnon / compagne | canard / cane |
Beaucoup de noms d'animaux n'ont qu'un genre : une girafe, une souris, un moustique, un escargot. On précise alors avec mâle ou femelle : une girafe mâle, un moustique femelle.
Le féminin des noms de métiers
En 2019, l'Académie française a adopté un rapport qui admet la féminisation des noms de métiers et de fonctions, déjà largement pratiquée en Belgique, en Suisse et au Québec. On applique les règles ci-dessus :
- ajout d'un e : une avocate, une présidente, une députée, une magistrate, une écrivaine ;
- mot épicène, seul le déterminant change : une juge, une ministre, une architecte, une maire, une médecin ;
- -trice : une directrice, une sénatrice, une inspectrice, une autrice ;
- -eure pour les noms en -eur sans verbe correspondant : une professeure, une ingénieure, une docteure, une procureure, une auteure ;
- -ière : une pompière, une conseillère, une policière.
Pour chef, on rencontre une chef et une cheffe. L'ancien usage (Madame le ministre) n'est pas fautif, mais la forme féminine (Madame la ministre) est aujourd'hui la plus courante.
Masculin ou féminin ? Les noms qui piègent
Pour les noms de choses, le genre ne se devine pas : il s'apprend. Voici ceux sur lesquels on se trompe le plus souvent.
| Masculins | Féminins |
|---|---|
| un apogée, un armistice, un astérisque, un antidote, un emblème, un en-tête, un éloge, un entracte, un globule, un haltère, un hémisphère, un intervalle, un obélisque, un ovule, un pétale, un planisphère, un pore, un tentacule | une acné, une anagramme, une apostrophe, une atmosphère, une azalée, une échappatoire, une écritoire, une épithète, une espèce, une icône, une idole, une oasis, une orbite, une paroi, une urticaire |
L'erreur la plus répandue est un espèce de : espèce est féminin, même devant un nom masculin. On écrit une espèce de chapeau.
Les noms qui changent de sens selon le genre
Le livre (ouvrage) et la livre (poids, monnaie) ; le tour et la tour ; le mode (manière) et la mode ; le poêle (chauffage) et la poêle (ustensile) ; le voile et la voile (d'un bateau) ; le manche (d'un outil) et la manche (d'un vêtement) ; le mémoire (écrit) et la mémoire ; le moule et la moule ; le vase et la vase (boue) ; le solde (reste d'un compte) et la solde (paie d'un militaire).
Les noms aux deux genres
Après-midi s'emploie aux deux genres, avec le même sens : un après-midi ou une après-midi, détaillé dans la fiche un ou une après-midi. Amour, délice et orgue sont masculins au singulier mais souvent féminins au pluriel : un amour passionné, mais des amours passionnées (langue littéraire) ; un délice, mais de grandes délices ; un orgue, mais les grandes orgues d'une cathédrale.
Les erreurs les plus fréquentes
| Fautif | Correct | Pourquoi |
|---|---|---|
| complette, discrette | complète, discrète | exceptions en -ète |
| grèque | grecque | grec garde son c : -cque |
| une bref réponse | une brève réponse | -f devient -ve |
| un espèce d'idiot | une espèce d'idiot | espèce est féminin |
| une astérisque | un astérisque | nom masculin |
| un vieux homme | un vieil homme | forme devant voyelle ou h muet |
Le féminin entraîne d'autres accords
Un nom féminin commande le genre des mots qui l'accompagnent : déterminant, adjectif, participe passé (elle est partie, voir l'accord du participe passé) et parfois adverbe, comme tout devant un adjectif féminin commençant par une consonne : elle est toute petite (voir tout ou tous). Le même raisonnement règle l'hésitation entre bienvenu et bienvenue. Le guide des accords en français rassemble toutes ces règles, et la page sur le pluriel des noms complète celle-ci.
Pour relire un texte entier, collez-le dans le correcteur d'orthographe : il repère les formes fautives comme complette ou grèque. Pour le genre des noms, le tableau des noms qui piègent reste le meilleur aide-mémoire.
Questions fréquentes
Après-midi est-il masculin ou féminin ?
Les deux genres sont admis : un après-midi et une après-midi. Le masculin est aujourd'hui le plus courant. Choisissez un genre et gardez-le dans toute la phrase : « un bon après-midi » ou « une bonne après-midi ».
Quel est le féminin de « successeur » ?
Traditionnellement, successeur n'a pas de forme féminine : « elle a été mon successeur ». La forme successeure, formée comme professeure, se répand, mais elle ne figure pas encore dans tous les dictionnaires. Les deux usages se rencontrent.
Quel est le féminin de « prédécesseur » et de « précurseur » ?
Ces noms suivent le même modèle que successeur : la forme masculine s'emploie traditionnellement pour une femme, « elle fut mon prédécesseur », « elle est un précurseur de l'aviation ». Les formes prédécesseure et précurseure se rencontrent de plus en plus.
Faut-il dire « autrice » ou « auteure » ?
Les deux formes sont en usage. Autrice est formée comme actrice ou directrice et est attestée depuis longtemps ; auteure s'est répandue plus récemment, sur le modèle de professeure. Le rapport de l'Académie française adopté en 2019 sur la féminisation des noms de métiers les mentionne toutes les deux.
Comment savoir si un nom est masculin ou féminin ?
La terminaison ne suffit pas : musée, lycée et trophée sont masculins malgré leur -ée. Le plus sûr est de consulter un dictionnaire, qui indique n. m. ou n. f. Pour les noms qui piègent souvent (un astérisque, une oasis, un pétale, une orbite), voyez la liste de cette page.
Quel est le féminin de « aigu » ?
Aiguë en orthographe traditionnelle, avec le tréma sur le e ; aigüe selon les rectifications de 1990, avec le tréma sur le u, qui se prononce. Même chose pour ambiguë / ambigüe, exiguë / exigüe et contiguë / contigüe.
Mis à jour le 30 septembre 2026