Allitération et assonance : définition et exemples
Une allitération est la répétition d'un même son consonne dans des mots rapprochés : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Racine) fait entendre le son [s]. L'assonance est son équivalent pour les sons voyelles : « Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire » répète le son [i]. Ces deux figures jouent sur la musique des mots pour renforcer leur sens.
Sommaire
- Définition de l'allitération
- Définition de l'assonance
- Le son, pas la lettre
- Exemples célèbres d'allitérations et d'assonances
- Allitérations du quotidien
- Quel effet produisent ces figures ?
- Allitération, assonance et figures voisines
- Comment analyser une allitération au bac
- Les erreurs fréquentes
- Questions fréquentes
Définition de l'allitération
L'allitération fait partie des figures de sonorité, avec l'assonance et la paronomase, dans la liste des figures de style. Elle consiste à faire revenir un même son de consonne, au début ou à l'intérieur de plusieurs mots proches, dans un vers, une phrase ou un slogan. Le mot est formé sur le latin littera, « lettre », mais ce n'est pas la lettre qui compte : c'est le son entendu.
Définition de l'assonance
L'assonance est la répétition d'un même son de voyelle dans des mots proches. Le mot vient du latin assonare, « faire écho ». En versification ancienne, le terme désigne aussi une rime imparfaite, fondée sur la seule dernière voyelle accentuée, comme dans les chansons de geste du Moyen Âge.
À retenir : allitération = consonnes, assonance = voyelles. Dans les deux cas, on écoute les sons, on ne compte pas les lettres.
Le son, pas la lettre
C'est la règle essentielle, et l'erreur la plus fréquente. Un même son peut s'écrire de plusieurs façons, et une même lettre peut produire des sons différents. On note les sons entre crochets, avec l'alphabet phonétique, pour éviter toute confusion.
| Son | Graphies possibles | Exemples |
|---|---|---|
| [s] | s, ss, c (devant e, i), ç, t (dans -tion) | sac, poisson, ciel, reçu, nation |
| [k] | c, qu, k, ch | col, qui, kilo, chœur |
| [ʃ] (« ch ») | ch, sh | chat, short |
| [f] | f, ff, ph | feu, souffle, phare |
| [o] | o, au, eau | mot, haut, bateau |
| [ɑ̃] (« an ») | an, am, en, em | sang, champ, vent, temps |
Dans le vers de Racine, qui se prononce [ki] : il ne compte pas dans l'allitération en [s], alors que ces, serpents, sifflent et sur en font partie. Les lettres muettes (le s final de têtes, le e muet) ne comptent pas non plus.
Exemples célèbres d'allitérations et d'assonances
« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Racine)
À la fin d'Andromaque, Oreste, devenu fou, croit voir les Furies, divinités de la vengeance, dont la chevelure est faite de serpents. L'allitération en [s] fait entendre leur sifflement : le lecteur perçoit l'hallucination autant qu'il la comprend. C'est l'exemple classique d'harmonie imitative.
« Les sanglots longs des violons » (Verlaine)
La « Chanson d'automne » commence ainsi : « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne / Blessent mon cœur / D'une langueur / Monotone. » Le son nasal [ɔ̃] (longs, violons) et les sons « o » (sanglots, automne, monotone) forment une assonance sourde et plaintive, tandis que le [l] (les, longs, violons, blessent, langueur) donne une impression de lenteur. Les sons épousent la mélancolie du poème.
« Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire » (Racine)
Dans Phèdre, l'héroïne, épuisée par sa passion coupable, prononce ce vers. L'assonance en [i] (afflige, nuit, conspire, nuire) produit un son aigu et plaintif qui traduit sa souffrance.
Allitérations du quotidien
Les virelangues, ces phrases difficiles à prononcer vite, reposent sur des allitérations : « Un chasseur sachant chasser sait chasser sans son chien », « Les chaussettes de l'archiduchesse sont-elles sèches, archisèches ? ». L'alternance des sons [ʃ] et [s] fait trébucher la langue.
Les noms de personnages de fiction en utilisent aussi pour être mémorisés : Mickey Mouse, Donald Duck, Peter Parker. Slogans, titres de presse et refrains de chansons en font autant, car une répétition de sons se retient mieux.
Quel effet produisent ces figures ?
Certains sons sont traditionnellement associés à des impressions. Ces associations ne sont pas des règles : un son ne prend de sens que par les mots qui le portent. Elles aident toutefois à formuler une interprétation.
| Son répété | Impressions souvent associées |
|---|---|
| [s], [z], [ʃ] | Sifflement, glissement, murmure, souffle |
| [r] | Grondement, roulement, violence, colère |
| [l] | Fluidité, légèreté, lenteur, douceur |
| [p], [t], [k], [b], [d] | Choc, bruit sec, dureté, martèlement |
| [m], [n] | Douceur, sourdine, bercement |
| [i] | Son aigu : cri, douleur, stridence |
| [u], [o], [ɔ̃] | Sons sombres ou graves : tristesse, profondeur |
| [a] | Son ouvert : éclat, ampleur |
Au-delà de l'imitation, l'allitération et l'assonance donnent au texte une musicalité, soulignent un rythme, relient entre eux des mots que le sens rapproche aussi, et facilitent la mémorisation.
Allitération, assonance et figures voisines
- La rime répète des sons en fin de vers, à une place fixe. L'allitération et l'assonance peuvent se trouver n'importe où.
- La paronomase rapproche des mots entiers aux sons voisins mais de sens différents : « Qui se ressemble s'assemble ». Elle joue sur des mots proches, comme les homophones jouent sur des mots identiques à l'oreille.
- L'harmonie imitative est l'effet produit quand les sons imitent ce qui est décrit ; l'allitération en est le moyen.
- L'onomatopée est un mot qui imite un bruit (boum, tic-tac) ; l'allitération répète un son dans des mots ordinaires.
- L'anaphore répète un mot ou un groupe de mots entier, pas un simple son.
Ces figures se combinent souvent avec d'autres procédés de construction, comme le chiasme, pour rendre une formule plus frappante.
Comment analyser une allitération au bac
- Lire à voix hauteOu articulez mentalement : c'est l'oreille qui repère un son insistant.
- Noter les sonsRelevez les mots concernés et le son exact entre crochets : « allitération en [r] dans gronde, rage, roule ».
- Vérifier la densitéLe son doit revenir assez souvent dans un espace court pour être perceptible.
- Relier le son au sensExpliquez ce que le son imite ou suggère, en lien avec le thème du passage.
Une rédaction type : « L'allitération en [s] dans "ces serpents qui sifflent sur vos têtes" imite le sifflement des reptiles et rend l'hallucination d'Oreste presque audible. »
Les erreurs fréquentes
- Raisonner sur les lettres : « cité » et « car » ne font pas entendre le même son.
- Inverser les deux termes : allitération pour les consonnes, assonance pour les voyelles.
- Compter les lettres muettes : le s du pluriel ou le e final non prononcé ne comptent pas.
- Relever sans interpréter : nommer le son ne suffit pas, il faut dire ce qu'il apporte.
- Mal écrire les mots : on écrit allitération (deux l, un t) et assonance (deux s, un n), et non alitération ou assonnance. Le correcteur d'orthographe repère ces fautes dans votre copie.
Questions fréquentes
Quelle est la définition simple d'une allitération ?
Une allitération est la répétition d'un même son consonne dans des mots proches : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » répète le son [s]. Elle crée un effet sonore qui renforce le sens du passage.
Quelle est la différence entre une allitération et une assonance ?
L'allitération répète un son consonne ([s], [r], [l]…), l'assonance un son voyelle ([i], [o], [ɑ̃]…). Dans « Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire », Racine fait entendre une assonance en [i].
Combien de répétitions faut-il pour parler d'allitération ?
Il n'existe pas de seuil officiel. En pratique, on parle d'allitération ou d'assonance quand un son revient assez souvent, dans un espace assez court (un vers, une phrase), pour que l'oreille le remarque. Deux occurrences isolées ne suffisent généralement pas.
Quel effet produit une allitération en [s] ?
Elle évoque souvent un sifflement, un glissement ou un murmure : chez Racine, elle imite le sifflement des serpents. Mais l'effet dépend toujours du sens des mots : le même son peut suggérer la douceur dans un autre contexte.
Qu'est-ce qu'une harmonie imitative ?
C'est un effet par lequel les sons d'un passage imitent le bruit ou le mouvement évoqué. Elle repose le plus souvent sur une allitération ou une assonance, comme le [s] des serpents dans Andromaque.
Faut-il regarder les lettres ou les sons ?
Les sons. « Ceci » et « sa » commencent par le même son [s] malgré des lettres différentes ; « chat » et « cité » commencent par la même lettre mais pas par le même son. Lisez le passage à voix haute pour ne pas vous tromper.
Mis à jour le 30 septembre 2026