Anaphore : définition et exemples
Une anaphore est une figure de style qui répète le même mot ou groupe de mots au début de plusieurs vers, phrases ou propositions successifs : « Toujours la même rue, toujours les mêmes visages, toujours le même ennui. » Cette répétition martèle une idée, crée un rythme et donne de l'élan au texte, en poésie comme dans les discours.
Sommaire
Définition de l'anaphore
L'anaphore (nom féminin : on dit une anaphore) fait partie des figures de style d'insistance et d'amplification. Trois conditions permettent de la reconnaître :
- un mot ou un groupe de mots est répété à l'identique ;
- la répétition se trouve en tête de chaque segment (vers, phrase, proposition, paragraphe) ;
- les segments se suivent ou se répondent de près.
Le mot vient du grec anaphora, « action de ramener, reprise », formé sur ana (« de nouveau ») et pherein (« porter ») : l'anaphore ramène le même mot au début de chaque élan de la phrase.
À retenir : l'anaphore se voit en regardant le début des vers ou des phrases. Une répétition placée ailleurs n'est pas une anaphore.
Exemples célèbres d'anaphores
Corneille, Horace
À l'acte IV, Camille apprend que son frère Horace a tué Curiace, l'homme qu'elle devait épouser, pour assurer la victoire de Rome. Elle lance contre lui des imprécations :
« Rome, l'unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !
Rome qui t'a vu naître, et que ton cœur adore !
Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore ! »
Le nom de la ville ouvre les quatre vers. L'anaphore concentre toute la haine de Camille sur un seul mot, et le « enfin » du dernier vers marque le sommet d'une gradation : la colère monte jusqu'à l'aveu « que je hais ».
Paul Éluard, « Liberté »
Le poème répète la préposition « Sur » en tête de la plupart des vers, avant le refrain « J'écris ton nom » :
« Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom »
L'anaphore donne au poème l'allure d'une litanie : le nom est écrit partout, sur tous les supports, et le lecteur attend jusqu'au dernier mot pour découvrir qu'il s'agit de la liberté.
Charles Péguy, Ève
« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. »
La formule « Heureux ceux qui sont morts » revient au début de nombreuses strophes. Elle rappelle la forme des béatitudes de l'Évangile et donne au texte un ton de prière.
Dans les discours
Les orateurs utilisent l'anaphore parce qu'elle structure le propos et se retient. Le discours « I have a dream » de Martin Luther King, prononcé à Washington en 1963, répète cette formule en tête de plusieurs phrases. En France, lors du débat télévisé de l'entre-deux-tours de 2012, François Hollande a enchaîné une longue série de phrases commençant par « Moi, président de la République ».
Anaphores du quotidien
La figure n'est pas réservée à la littérature. On la trouve dans les slogans, les discours de mariage, les lettres et même la conversation :
- « Chaque matin le même train, chaque matin les mêmes visages, chaque matin la même fatigue. »
- « Merci pour votre accueil, merci pour votre patience, merci pour tout. »
- « Plus simple, plus rapide, plus sûr. »
- « Ni regrets, ni remords, ni rancune. »
Quels effets produit une anaphore ?
- L'insistance : le mot répété s'impose au lecteur, qui ne peut plus l'ignorer.
- Le rythme : chaque reprise relance la phrase et crée une cadence régulière, presque musicale.
- La montée de l'émotion : associée à une gradation, l'anaphore fait monter la tension jusqu'à un point culminant, comme chez Camille.
- La solennité : dans un discours, elle donne de l'ampleur et de la gravité au propos.
- L'incantation : répétée comme une prière ou une litanie, elle confère au texte une dimension lyrique ou sacrée.
- L'obsession : un personnage qui revient sans cesse au même mot montre qu'il ne pense qu'à cela.
Comment repérer et analyser une anaphore au bac
- Lire le début des vers ou des phrasesParcourez le texte verticalement, en regardant uniquement les premiers mots de chaque ligne ou de chaque phrase.
- Identifier ce qui est répétéUn nom (« Rome »), un pronom (« Moi »), une préposition (« Sur »), une formule entière. La nature du mot répété oriente l'interprétation.
- Observer ce qui varieCe qui suit l'anaphore change à chaque fois : c'est souvent là que se construit une gradation ou une énumération.
- InterpréterReliez l'effet au sens du texte et au registre : lyrique, tragique, polémique, argumentatif.
Rédaction type : « L'anaphore du nom "Rome" en tête des quatre vers concentre la fureur de Camille sur la cité qui lui a pris Curiace ; renforcée par la gradation, elle fait de la tirade une malédiction. »
Anaphore, épiphore, parallélisme : les différences
| Figure | Principe | Exemple |
|---|---|---|
| Anaphore | Même mot au début de segments successifs | Toujours la même rue, toujours les mêmes visages |
| Épiphore | Même mot à la fin de segments successifs | Il pense à elle, il rêve d'elle, il vit pour elle |
| Anadiplose | Le dernier mot d'un segment est repris au début du suivant | Il aimait la mer, la mer qui l'avait vu grandir |
| Parallélisme | Même construction grammaticale, pas forcément les mêmes mots | Le matin, il travaille ; le soir, il écrit |
| Répétition simple | Mot répété à n'importe quelle place | C'est loin, très loin |
L'anaphore s'accompagne souvent d'un parallélisme, puisque chaque segment commence de la même manière. Elle se distingue aussi des figures qui jouent sur d'autres formes de répétition : l'allitération répète un son, et non un mot ; le pléonasme répète une idée avec des mots différents ; le chiasme reprend des termes en ordre inversé, selon une structure en miroir.
L'anaphore en grammaire : un autre sens
Le mot a un second sens, en grammaire et en linguistique. Une anaphore y désigne un mot qui reprend un élément déjà mentionné dans le texte. Dans « J'ai croisé Léa ; elle partait au travail », le pronom elle renvoie à Léa : on dit qu'il est anaphorique. Les pronoms personnels et les pronoms relatifs jouent très souvent ce rôle de reprise.
Le mouvement inverse, qui annonce un élément placé après, s'appelle la cataphore : dans « Je vous l'annonce : la réunion est annulée », l' annonce la suite de la phrase. Dans un commentaire littéraire, « anaphore » désigne toujours la figure de style ; dans un exercice de grammaire sur les reprises, il s'agit de ce second sens.
Les erreurs fréquentes
- Appeler anaphore n'importe quelle répétition. Si le mot répété n'est pas en tête de segment, parlez de répétition, d'épiphore ou de reprise.
- Nommer sans interpréter. « Il y a une anaphore » ne rapporte rien si vous n'expliquez pas ce qu'elle apporte au sens.
- Oublier les figures associées : gradation, parallélisme, apostrophe accompagnent souvent l'anaphore et renforcent son effet.
- Mal écrire le mot : on écrit anaphore, avec ph et un seul n, et non annaphore ni anafore.
Pour comparer l'anaphore avec les autres procédés d'insistance, consultez la liste des figures de style, qui présente aussi l'oxymore et les figures d'opposition. Avant de rendre votre travail, un passage dans le correcteur d'orthographe vous évitera les fautes qui coûtent des points.
Questions fréquentes
Quelle est la définition simple d'une anaphore ?
Une anaphore est la répétition d'un même mot ou groupe de mots au début de plusieurs vers, phrases ou propositions qui se suivent. Exemple : « Chaque matin le même train, chaque matin les mêmes visages, chaque matin la même fatigue. »
Quelle est la différence entre une anaphore et une épiphore ?
C'est la place de la répétition qui change. L'anaphore répète un mot en début de phrase ou de vers, l'épiphore en fin de phrase ou de vers : « Il pense à elle le matin, il rêve d'elle le soir, il ne vit que pour elle. »
Combien de répétitions faut-il pour parler d'anaphore ?
Deux occurrences suffisent en principe, à condition qu'elles ouvrent deux segments successifs. L'effet est cependant plus net à partir de trois : le lecteur perçoit alors un véritable rythme, un martèlement.
Quel effet produit une anaphore ?
Elle insiste sur une idée, crée un rythme et une musicalité, et souvent une montée de l'émotion. Dans un discours, elle rend le propos solennel et facile à retenir ; dans un poème, elle peut donner un ton de prière ou d'incantation.
Qu'est-ce qu'une anaphore en grammaire ?
En grammaire, une anaphore est un mot qui reprend un élément déjà cité. Dans « J'ai croisé Léa ; elle partait au travail », le pronom elle est anaphorique : il renvoie à Léa. Ce sens n'a rien à voir avec la figure de style.
Mis à jour le 30 septembre 2026